Cambodge 1 – Siem Reap

 

Lundi 8 février 2016, 6h30

Poste de frontière Thaïlande-Cambodge

Après une nuit tourmentée par le passage supposé-sportif de la frontière, nous nous présentons à la première heure au poste de sortie de la thailande ; Poi Pet, où la signature du CPD se fait en quelques secondes. Nous sommes permiers et quasiment seuls, à l’exception d’un groupe de danse folklorique cambodgien qui a visiblement traversé pour un spectcale du Nouvel An. De fait, nous passons sans encombre cette première étape, les maitre chanteurs attrape-touristes doivent encore dormir…

Nestor traverse alors la délimitation thaï, et nous voilà en no-mans land frontalier où l’ambiance change subitement ; haut-parleurs cambodgiens hurlant des phrases incomphensibles (mais peu amicalement prononcées), trottoirs saturés de piétons et marchands, rue étroite bondée de toutes sortes de véhicules dont… une charette trainée par un homme torse et pieds nus! Notre premier contact avec ce nouveau pays semble déjà confirmer tout ce qu’on a pu lire ou entendre, la différence de niveau de vie entre les pays voisins se marque dès la frontière.

Après quelques tentatives hésitantes côté Cambodgien, nous trouvons le bureau des visas, où nous sommes préparés aux 2 grands pièges classiques tendus par les policiers ; exiger des frais additionnels au-delà des 30US$ nécéssaire pour chaque visa et faire payer les enfants sensés en être exempté en-dessous de 12 ans. Armés ostensiblement de notre Lonely Planet, de notre Routard, de notre regard noir et de nos 60 dollars, nous avancons d’un pas determiné vers le bureau, et dépôsons notre dossier au complet.  La sizaine d’hommes qui nous accueille tout sourire prononce immédiatement la sentance, ce sera donc 150US$ pour la famille contre les 60$ officiellement. Nous tenons tête, invoquons nos guides touristiques, leur disons que nous sommes très bien renseignés et que les enfants n’ont pas à payer, le tout avec un sourire mais determiné. L’un d’entre eux entre alors en phase 2, la négocitation, et nous demande 10$ par enfant, ce que à quoi nous répondons à nouveau que nous ne le ferons pas. En temps normal, avec une file d’attente de touristes d’1 à 2 heures, nous serions écartés et mis sur (au) banc, le temps de nous faire méditer. Mais il n’y a personne. Phase 3, ils appellent un gradé, qui retente la même approche sur un ton moins chantant, mais n’apportant comme argument sadditionnel que ses galons et un petit mot écrit à la main “30$ + 100 baths per person”. Nous maintenons notre position. Il est 7h, il n’y a encore personne, nombre de touristes se feront encore plumer aujourd’hui, ils décident de nous grâcier et disent ok pour 60$. Stupeur. Nous avons réussi! 10 minutes plus tard, nous sortons du bureau munis de nos visas, que nous devrons faire viser par un dernier bureau 50mètres plus loin, qui ne tentera rien de plus.

Ce n’est pas peu fiers que nous nous approchons de l’ultime étape, le bureau des douanes pour le Carnet de Nestor à faire tamponner. Etonnement, celui-ci se trouve après la frontière, et c’est donc librement que nous nous garons devant et que je me rend dans le bureau. Je suis mené dans un petit bureau chargé de meubles et de piles de dossiers sans fins, où un officier s’entretient avec un couple d’indiens. A ce que je comprend, ils semblent également vouloir faire rentrer leur véhicule au Cambodge et je soupçonne l’affaire durer depuis longtemps. L’officier me regarde, et tout à fait improbablement me dit tout-de-go“ Do you have your carnet?” O doux Miracle! Il connait la procédure! Je lui donne le CPD, il le tamponne en moins de 3 minutes et dit au couple d’indiens “Voilà ce dont vous être sensés être en possession pour traversers la frontière”. C’est donc sous leur regard échoeuré que, mi-gêné, mi-exultant de joie, je rejoins la famille dans Nestor avec le précieux sésame. Il est 8h, nous sommes légalement au Cambodge, et pas peu fiers de la tournure des évenements.

Topographiquement parlant, notre GPS se met en grêve, mais l’affaire est assez simple ; Le pays est traversé par 2 principaux axes routiers, qui relient cette frontière de Poi Pet à Phnom Penh. C’est en fait à la base une seule route qui se scinde en deux à l’approche de l’immense lac Tonlé Sap. L’une le contourne par le Sud et la ville de Battambang, l’autre par le Nord et la ville de Siem Reap. C’est vers cette dernière que nous nous dirigeons, car elle est le point de départ des excursions pour le très célèbres temples d’Angkor, dont le principal site (Angkor Wat) est tout simplement l’éffigie que l’on retrouve au centre de l’etendard national.

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Les 160 kilomètres qui nous séparent de Siem Reap nous plongent progressivement dans l’atmosphère du pays, que nous apprendrons à mieux comprendre et connaître dans les semaines qui viennent. La route est bien plus étroite qu’en Thaïlande, une seule voie dans chaque sens, les villages sont petits et toutes les petites maisons faites de bois et de taule sont agglutinées au bord de la route. Nous ne voyons quasiment aucun carrefour, aucune autre route que celle que nous empruntons, ce qui offre une profondeur de paysage hallucinante,  complètement vierge de civilisation. Il n’y a quasiment aucun panneau, aucune enseigne sur les petites boutiques, et les stations services font pales figures à côté des mastodontes de modernité thailandais et malaisiens. Seules les pancartes de marques de bières sont omniprésentes tout au long du chemin, Cambodia et Angkor se sont substitués à Singha & Chang.

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La route est assez fréquentée mais surtout par des véhicules thailandais qui se mêlent aux milliers d’écoliers en uniformes sur leur vélo ou encore aux “kouillhons”, cousin lointain du motoculteur français équipé d’un guidon de Harley Davidson, et trainant toutes sortes de charettes aux chargements divers et créativement variés.

 

Nous arrivons enfin à Siem Reap par l’Ouest et un boulevard bordé d’immenses hôtels à touristes, à 2 pas de l’aéroport international et de la route des temples. Siem Reap signifie en réalité le Siam vaincu, autrement dit la Thailande vaincue, élégance tout asiatique qui n’est pas sans rappeler celle de nos amis britanniques avec l’ancienne gare d’arrivée de l’Eurostar français à Londres…  

Passé cet immense boulevard périphérique, la ville est de dimension tout à fait humaine, aucun immeuble ne fait plus de quelques étages, les anciennes maisons coloniales françaises encadrent un vieux marché historique et de nombreux petits ponts & passerelles enjambent la siem reap river, véritable poumon de la cité khmer.

Clotilde et moi avons un véritable coup de coeur pour la ville dans laquelle on se sent tout de suite très à l’aise. Les trajets sont tous des “walking distances”, ou, à l’occasion, se font dans les petits tuk-tuk, de leur vrai nom khmer “rimor”.

Nous installons notre camp de base dans la cour de la Paroisse catholique Saint John, située en bordure de la rivière, où nous sommes accueillis à bras ouverts par le Father Tot, curé philippin installé depuis 20 ans au Cambodge, mais seulement 2 mois à Siem Reap! Comme tous les presbytères que nous allons croiser, ces endroits sont de vrais lieux de vies ouverts à tous, où les plus démunis peuvent venir manger, utiliser les cuisines, les salles de bains ou même une tv quand bon leur semble. C’est ici que nous allons passer nos 3 premières nuits cambodgiennes, à l’ombre de la rivière, dont nous partirons quotidiennement (et très matinalement) pour découvrir les temples d’Angkor. Mais pour l’heure, nous partons à la découverte de la ville, de son histoire et de la magie qui s’en dégage.

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Le voyage prend ici une nouvelle tournure, car nous accueillons pour une semaine la soeur de Clotilde, Charlotte et son mari Thibault, venus de Bordeaux pour partager un bout de notre GreaTrip à bord de Nestor. Nous les accueillons à l’aéroport, ce sont les premiers visages familiers depuis plus 6 semaines, un vrai bonheur pour toute la famille.

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Equipés de nos badges 3 jours, et sur les conseils des nombreux blogs et guides consultés, c’est chaque matin entre 6h et 6h30 que nous arrivons sur les site des Temples. La plupart de la famille s’y réveille donc, pour admirer les levers du soleil inoubliables sur des temples millénaire.

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La plupart des temples sont situés dans une zône assez restreinte, ce qui nous permet d’en visiter beaucoup chaque jour. Leur découverte est réellement hallucinante, la plupart d’entre eux ont été restaurés (et deminés!!) avec la collaboration de pays occidentaux (Suisse, USA, Allemagne, France, UK), et malgré la quantité, ils ont chacun un caractère et une histoire propre qui enchante parents comme enfants. Les ruines et forêts qui entourent chaque temple sont des terrains de jeux fantastiques pour les nains qui gambadent seuls un peu partout, sous 35° à l’ombre, le tarif en vigueur. Enfin, comme partout, Nestor le baroudeur surprend les autochtones, et amuse beaucoup les (très) nombreux européens en vacances.  

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Hormis le lever du soleil sur Angkor Wat qui reste l’une des plus belles images que nous gardons de notre voyage à ce jour, notre préférence se porte sur le temple Ta Phrom, où 12 000 arbres ont remplacé les 12 000 âmes qui y vivaient autrefois. Le paysage est féerique et la visite hors du temps. Seule ombre au tableau, ces arbres d’argents sont visiblement morts et risquent d’être en grande partie supprimés. Ils resteront malgré tout éternels dans nos mémoires.

Avant de clore ce chapitre Angkorien, nous profitons beaucoup de la ville de Siem Reap, idéal lieu de repos et de rencontres, où nous nous prélassons dans les piscines des hôtels historiques qui ont accuillis le Général de Gaule, Jacky Kennedy ou encore Charlie Chaplin.

Notre intérêt pour l’héritage français issu du protectorat de Napoléon III jusque dans les années 50 est loin d’atteindre la fascination que nous avons pour l’histoire récente et dramatique des Khmers rouges et nous lisons beaucoup de choses à ce sujet pour essayer de mieux comprendre ce qui s’est vraiment passé. C’est alors que nous croisons la route d’un Bordelais – intrigué par un Camping Car ‘33’ à Siem Reap -, retraité de l’AFP, qui a été en poste pendant plusieurs années au Cambodge puis au Viet Nam à cette époque fatidique. Son histoire est extra-ordinaire, et son voyage de cette année était destiné à découvrir ce qu’il était arrivé à l’un de ses collègues de l’époque, assassiné par les khmers rouges alors qu’il cherchait à entrer au Viet Nam. Après beaucoup de recherches, il a retrouvé les responsables mêmes de sa mort, et a pu partager un diner avec eux. Ce genre de rencontres et d’histoires hors du commun nous aident à mieux cerner le contexte de l’époque, mais gardons celà pour notre visite à Pnom Penh, capitale du pays, et théatre principal des événements.

Après ces quelques jours féeriques entre temples et cité coloniale, nous mettons les voiles et le cap sur Phnom Penh. Avant celà, nous faisons une ultime halte à 40km de la sortie de Siem Reap à Kampong Khleang, dans un de ces villages à proximité du Tonlé Sap, obligé de percher ses habitations sur de hauts pilotis pour survivre à la saison des pluies à la crue du Lac. Village perdu et (très) très loin de toute espèce de modernité, nous profitons d’un bateau pour aller jusque sur le Tonlé Sap et un autre village lacustre à plein temps!

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On vous donne rendez-vous désormais à Phnom Penh!

A très bientôt,

Ze Great Trip

 

4 réflexions sur “Cambodge 1 – Siem Reap

  1. Anne-Lyse

    Je rattrape quelques semaines de lecture, étant en vacances ! toujours de supers billets, de supers photos qui font rêver ! merci de nous émerveiller à chaque fois !
    Hâte de lire les prochains.
    Profitez bien.
    Anne-Lyse

  2. Prudence

    Nous rentrons d’une semaine magique à St Lary avec Vincent et Amandine qui m’ont donné l’adresse de votre blog que je commence à lire avec joie car votre voyage me fait vraiment rever!! Nous avions aussi adoré Siem Reap et en gardons un super souvenir! Bravo pour cette magnifique aventure !! Prudence

  3. Therese Paquier

    Mille mercis pour ce très beau descriptif de voyage et toutes les photos. On vous sent très émus par ce pays tellement dépaysant, pauvre et magnifique à la fois: le site d’Angkor évidemment mais aussi ces villages entiers sur pilotis, ces marchés. Son histoire, ses drames…
    Merci pour la carte qui permet de suivre votre périple cambodgien. Vous arrivez à communiquer avec les autotochnes? Vos petits blondinets font sensation? Josephine a peut être encore qq progrès à faire avec les baguettes!!!
    Bravo pour le passage de la frontière, vous êtes au top!
    A bientôt
    Bises
    Mam

  4. Baroux

    Toujours très chouette de lire ce blog et plus encore quand nous reconnaissons les lieux !! Nous avions adoré le Cambodge et les temples d’angkor, avions été frappé par cette histoire et la pauvreté des habitants , non comparable aux voisins thaïlandais.
    Amusez vous bien !
    Les Baroux

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