Cambodge 2 – du Sud au Nord

Jeudi 11 Fevrier 2016, aux abords de Kampong Thom

Laissant derrière nous Angkor et cette 8ème merveille du Monde, nous faisons route vers Phnom Penh, où nous devons récuperer la soeur ainée de Clotilde, Marion, et notre neveu de 11 ans, Malo. La route cambodgienne étant faite sous 40° et son état laissant parfois à désirer, nous décidons de couper la route en deux, et faisons étape à Kampong Thom, ex-comptoir commercial français, dont ne subsistent comme traces qu’un pont (intact mais inutilisable), l’imposante demeure du Gouverneur Français (tristement laissée à l’abandon) et l’amicale de la Pétanque (tout à fait active). Des quais entièrement rénovés permettent en revanche de profiter du bord de la rivière.

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A l’entrée de la ville, nous apperçevons une immense église marbrée flambant neuve avec une immense cour, quelle aubaine! Je tombe sur un jeune cambodgien à l’entrée qui ne parle pas un mot d’anglais, et part m’annoncer. 2 minutes plus tard, j’entends alors dans mon dos “Hi I’m John, Utah. Hi I’m Kevin, Texas. How yu’doing mate?”. Dans leur chemisette blanche pimpante estampillée de leur petit sigle noir, je reconnais les Mormons américains, en “stage volontaire d’évangélisation” pour 2 ans au Cambodge. Malheureusement, leur directeur khmer refuse que nous nous garions dans la cour, mais nous indique la direction de l’église catholique dans le centre-ville. Une fois n’est pas coutume, nous installons donc notre bivouac dans le jardin de la paroisse locale, dirigée par deux prêtres jésuites (Father Bongbong, philippin et  Father Park, coréen) et quelques frères séminaristes (coréens et chinois). Nous sommes accueillis à bras ouverts une fois de plus, et invités à la messe du lendemain (6h30 du mat’…) puis au petit-déjeuner dans la foulée. Réveillés pas les chants khmers, Clotilde et moi assistons à l’office assis – comme partout au Cambodge – à même le sol sur un petit tapis en paille, où femmes et hommes semblent spontanément se séparer. 

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Le petit déjeuner avec les Pères est un réveillon de Noël asiatique pour les enfants et les plus grands; baguettes, confiture Andros, beurre Président demi-sel (pour Clo), Nutella (!!!) et excellent café coréen! Un vrai régal que nous n’avions pas connus depuis la France, et ce malgré nos stocks de confiture-maison dont la maman de Clotilde nous a chargé. Le petit déjeuner est le moment d’un échange extrêmement riche avec les prêtres qui nous aident à mieux comprendre l’état du pays; le mauvais enseignement scolaire volontaire pour forcer les enfants à prendre des cours de soutien (et ainsi mieux rémunérer les professeurs), la corruption importante de la Police (qui explique les nombreux check/cash point que nous voyons tous les 50 km), l’influence khmer rouge qui a sévi un peu partout plus de 10 ans après la chute de Pol Pot ou encore les subtilités de la langue khmer qui rendent son apprentissage très compliqué. A ce propos, nous apprenons qu’il y a 3 niveaux de langue ; le language quotidien (parlés de tous), le language litérraire (écrit par les plus éduqués) et le language royal (compris de peu). Bref, nous tirons plus de cette rencontre sur le pays qu’en plusieurs jours de voyage. Ils nous expliquent ensuite leur mission ici, ils logent et nourrissent des élèves des campagnes, trop pauvres pour accéder à l’éducation, ouvrent la paroisse aux orphelins et aux enfants qui le souhaitent pour venir gratuitement prendre des cours de danse, d’informatique, de langue. Ils construisent également de grands projets comme de grandes écoles et pensionnats à différents endroits du Cambodge. Nous sommes une nouvelle fois admiratifs devant les efforts déployés face à tant d’enfants dans le besoin. Clotilde profitera de l’occasion pour s’essayer à la danse traditionnelle khmer.

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Malgré tout le temps presse, et après nous être delesté d’une bouteille de Saint Emilion en guise de remerciement, nous prenons la direction de Phnom Penh, Marion & Malo atterrissent demain.

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Etonnement, c’est cette seconde partie de route qui s’avèrera la plus complexe, avec un tronçon de 20 kilomètres en piste de terre battue, et beaucoup de travaux et de circulations alternées.

Après 2h30 de route un peu harrassante, nous rentrons dans Phnom Penh par un immense pont ultra-moderne (sensé me semble-t-il célébrer l’amitié Japon-Cambodge) qui enjambe enfin le célèbre fleuve Mekong, large étendue d’eau verdoyante. Dès l’entrée dans la ville, nous posons Nestor & notre bivouac … vous avez deviné où, dans la cour de la Paroisse principale de Phnom Penh, idéalement située et qui nous évite d’avoir à affronter cette circulation hallucinante, véritable ruche en pleine activité, dont le tuk-tuk tient le haut du pavé.

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Il est midi, la visite de la ville sera assez éclaire car nous partons directement vers le sud demain matin après être passé à l’aéroport, nous repasserons à Phnom Penh au retour de cette parenthèse sudiste. Nous décidons alors d’abord de nous promener pour mieux appréhender la ville, il faut l’avouer, assez étouffante entre la chaleur et la quantité invraisemblable de véhicules. Malgré celà, de nombreuses allées verdoyantes percent le centre ville et donnent un tout petit peu d’air aux piétons. Le centre ville est relativement bien organisé ; un quartier royal, un quartier colonial, un quartier de l’indépendance… et le reste. Nous découvrons (et nous régalons) au déjeuner et au dîner dans des ONG-restaurants qui forment des  jeunes cambodgiens aux métiers de la restauration. C’est délicieux, un peu cher, mais le service n’a rien à envier à un deux étoiles Michelin.

Après avoir admiré le palais royal et le musée national depuis les larges avenues (nos chères épouses n’ont pas la tenue adéquate pour la visite officielle…), nous décidons de nous rendre dans un lieu hautement symbolique qui doit nous aider à continuer notre apprentissage du terrible épisode Khmer. Il s’agit du Camp S21, une ancienne école transformée par les hommes de Pol Pot en un terrible camp de torture et d’extermination. Sur les 20 000 personnes qui y seront emprisonnées, seules 12 en ressortiront vivantes. Le camp a été découvert 2 jours après la reprise de la ville et la chute des Khmers rouges, et il a été conservé exactement intact, ce qui rend la visite guidée encore plus prenante.

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La cruauté des géoliers et les conditions de détentions sont indescriptibles, mais il est difficile d’imaginer que des cris de suppliciés martyrs ont succedé à ceux d’enfants dans leur cour d’école. Les Khmers rouges ayant voulu créer une année Zéro de leur ère, ils ont exterminé toutes les élites et les plus éduqués du pays. Ce sont visiblement eux les principales victimes de S21, à savoir que leur tort aura parfois été de porter des lunettes ou d’avoir les doigts trop propres, « signe évident » pour les khmers rouges de leur appartenance à l’élite.

Laissant derrière nous cette visite peu réjouissante  – mais indissociable de l’histoire du Cambodge –  nous partons le lendemain en direction de Kep(-sur-mer), station balnéaire crée par les Français, après avoir récupéré Marion, Malo et leur cargaison d’approvisionnement (Gâteaux, Picsou Magazines et SAUCISSON!!).

Après des semaines sans plages et baignades en mer, c’est avec une joie non dissimulée que nous sautons à l’eau entourés de cambodgiens en week-ends, et nous régalons de cocktails et restaurants de plages délicieux.

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C’est déjà l’heure de la séparation avec Thibault & Charlotte qui partent finir leurs vacances sur une ile Thailandaise et dans une chambre probablement moins exigüe que Nestor! Ils sont néanmoins remplacés au pied lever par Marion et Malo et nous restons une semaine de plus à 7 à bord!

Nous décidons d’aller passer la nuit du lendemain sur l’ile à un jet de pierre de Kep ; l’ile aux lapins. Pour l’heure, nous posons notre bivouac sur le parking du très improbable “Hôtel de la Plage” (en français dans le texte), tenu depuis 15 ans par Lili, encore plus improbable propriétaire du stand Lili Perles du marché du Cap Ferret et de Piraillan pendant près de 10 ans!! Coup de pouce supplémentaire du destin, je tombe devant l’hotel sur un joueur de rugby (Féd. 1) retraité qui fait le tour du monde depuis 2 ans avec son épouse. Grace à lui, je vois le deuxième match du Tournoi contre l’Irlande et cette fantastique victoire à l’arrachée.

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Comme prévu, nous embarquons aux aurores à bord du longtail local et accostons sur l’ile aux Lapins, dont le nom tient uniquement à sa forme. Une large plage de sable blanc sur laquelle s’aligne une rangée de bungalows constitue l’essentiel de l’ile. Un guide de haute-montagne français croisé sur place nous racontera être venu s’installer ici 17 ans auparavant, et avoir vécu avec sa compagne 3 ans durant avec la seule famille cambodgienne installée alors à l’époque. Il vivra à leur rythme, pêchera à la rame et construira son propre bungalow. C’est quand ils quitteront l’ile que la Grand-Mère cambodgienne aura l’idée de transformer sa maison en Guest House. Ce sera le premier bungalow touristique de l’ile.

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Nous passons 36 heures fantastiques, entre promenades, baignades, massages, volleyball, foot, barbecues, rencontres et cocktails. Une vraie parenthèse balnéaire au milieu de ce pays sec et parfois aride.

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Le week-end club med terminé, nous re-faisons un passage éclair à Phnom Penh où nous visitons cette fois-ci le Vieux Marché et le Palais Royal, qui abrite en son sein une bizarrerie. Un palais offert par Napoléon III à l’impératrice Eugénie pour l’inauguration du Canal de Suez, a ensuite été donné au Roi du Cambodge qui l’a démonté puis fait remonter dans son palais royal, et il est désormais à l’abandon, caché derrière une bâche.

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Comme prévu de longue date, nous nous orientons désormais tous les 7 vers une province peu visitée du Nord, Preh Vihear, où un couple d’amis de Clotilde est volontaire dans l’association “Enfants du Mekong”, et gère pendant une année entière un centre abritant 45 élèves de milieux défavorisés. Pour ceux qui ne connaissent pas, cette association remarquable existe depuis plusieurs dizaines d’années, et a pour vocation de donner à des enfants asiatiques dans le besoin toutes les chances d’accéder à une bonne éducation et potentiellement à des études supérieures. D’un concept de pur parrainage, le programme s’est ensuite étendu à de nouvelles initiatives  dont la création de pensionnats, véritables lieux de vies où les élèves sont logés, nourris, “divertis”, aimés mais également très responsabilisés. Ils ont la charge de leurs repas, du nettoyage des classes et de leurs dortoirs, de l’entretien et l’embellissement de leur centre, et de toute autre sorte de tâches.

Le centre de Preah Vihear est tout jeune, et a été crée il y a 2 ans. Il compte 7 bâtiments ; 2 maisons boys, 2 maisons girls, 1 bâtiments de classes, la maison des volontaires, et l’école historique transformée en remise et débarras à la fois. Un dernier bâtiment est en cours de construction, ce sont les 6 nouvelles classes qui verront le jour très prochainement.  Le site est très aéré avec de nombreux espaces “verts”, et il se dégage une grande serenité et joie de vivre à la fois, parfaitement à l’image des dynamiques dynamites Marc et Victoire. Sitôt arrivés,  les enfants nous font un accueil chaleureux, et Malo leur offre des cadeaux de France ; bonbons & ballons de foot.

Pendant presque 5 jours, nous vivons au rythme du Centre, et essayons tant que possible de donner un coup de main là où nous pouvons être utile. Notre apport va essentiellement consister à quelques travaux de jardinage et d’embellissement, sous la baguette du Maitre Fleuriste Marc et la super volontaire Victoire.

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Le clou de notre oeuvre sera très probablement  ces 2 magnifiques jardinières en briques, ornant l’entrée du centre, où nous avons fait parler tout notre savoir-faire en maçonnerie.

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Bon, malheureusement, notre mur en briquettes aux fondations plus que douteuses a trahi notre méconnaissance absolue du métier d’artisan, et un ouvrier cambodgien de passage devant le centre nous a manifestement pris en pitié, et sans mot dire, nous a montré le chemin. Nouvelle et incroyable illustration de la serviabilité cambodgienne, il passera tout l’après-midi avec nous à monter les murs, sans rien réclamer en retour.

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Le Samedi soir, on fête des anniversaires (du trimestre) puis cinéma (projeté sur un mur de la classe). Seule ombre au tableau, l’intégralité du gateau finit sur les visages des enfants, ce qui semblerait porter chance…

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Seule entorse au règlement du Centre, nous quittons le Centre l’espace d’une journée pour aller frôler la frontière Thailandaise plus au Nord, et visiter le magnifique temple Prasat (classé par l’UNESCO).

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Pour les enfants, ces journées sont rythmées par leur contribution aux travaux de jardinage, les promenades en vélo ou en tuk tuk, les foots, les interminables heures dans le hamac, ou encore les dizaines d’heures de jeu avec Lacky, le chien de nos hôtes. De notre côté, nous profitons de nos soirées pour renouer avec les barbecues, la coinche, et les soirées entre amis & en famille! « Y a d’la joie… »

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Ces 5 jours de pur bonheur au coeur du centre nous remplissent d’admiration pour deux raisons principales :

  • la première est liée aux élèves, impressionnant d’abnégation. Entre leurs cours à l’école publique, et les cours de soutien au Centre (financés par Enfants du Mekong), ils travaillent entre 6h du matin et 20h le soir, sans distraction aucune. Et ceci du Lundi au Samedi 16h. De plus, malgré leurs âges d’adolescents, ils sont respectueux, toujours gais, et organisent très sérieusement leur vie en communauté et la répartition des tâches. Ils respirent la gentiellesse, et témoignent quotidiennement leur reconnaissance.
  • la seconde est pour Marc & Victoire, anonymes parmis d’autres milliers anonymes qui donnent un an de leur vie à des enfants nécéssiteux à l’autre bout du monde, sans rien attendre en retour. C’est une experience de vie riche pour un couple (et un être humain de façon générale) mais très certainement dure à de multiples instants. Pourtant, ils ne se plaignent jamais, et mettent leur énérgie renversante aux services permanent de ces enfants.

Toutes les belles choses ayant une fin, c’est avec des pieds de plombs que Marion & Malo rentrent au pays, et que nous repartons de notre côté à la découverte du Mekong. Nous profitons bien sur de l’occasion de ce post pour remercier une nouvelle fois les Imbaud pour leur chaleureux accueil, et les félicitons à nouveau pour leur engagement admirable à tout point de vue.

Nous sommes le Dimanche 21 février, nous vous donnons rdv dans quelques jours du côté de Kampong Cham, du Mondolkiri et enfin de la remontée du Mekong jusqu’au Laos!

Ze Great Trip

 

3 réflexions sur “Cambodge 2 – du Sud au Nord

  1. Formidable article ! On attend avec encore plus d’impatience notre passage au centre « Enfants du Mékong  » de Sisophon en avril.
    Bonne continuation.
    La famille Buron ( croisée hier sur le bord du Mékong. ..)

  2. Marc & Vic

    Vous savez à qui vous manquez ? A tous les Enfants du Mékong de Preah Vihear… (je viens de montrer vos photos à certains jeunes, ils étaient sur-excités !!)
    Bravo pour la qualité des articles et photos, y a du boulot derrière… J’aime bien entendu particulièrement celle de la famille entière en combo gagnant maillot-masque-tuba !
    Nous vous embrassons.
    Et revenez quand vous voulez, le portail reste ouvert, et maintenant qu’on sait que Nestor passe…

  3. MAM et DAD

    Voyage bien enrichissant.
    On aimerait que la période Pol Pot ne soit qu’un mauvais cauchemar.
    On se demande vraiment comment en 1975 un tel régime a pu naître et de plus durer 4 ans !!!

    memoria horribilis

    Nouvelle version du site très bien améliorée.

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