Indonésie 1 : Sulawesi Sud & Pays Toraja

Jeudi 15 juin 2016, Aéroport de Bali

Et là, c’est le drame.

Les visas en Asie du Sud Est sont un vrai parcours du combattant! Gratuit en Thailande pour 30 jours, pour 90 en Malaisie, payant au Laos, gratuit pour les enfants au Cambodge, 15 jours gratuits au Viet Nam… il faut s’accrocher et bien planifier son escapade!

Nouveau visa inédit en Indonésie ; gratuit pour 30 jours, mais à condition de traverser la frontière dans l’un des 5 aéroports ou 4 ports autorisés. L’ile Sulawesi n’en faisant par partie, escale obligatoire à Bali, où nous atterrissons pour passer la nuit avant de reprendre un vol à l’aube. Escale de 12 heures, banale… mais nous n’aimons pas la facilité.

A l’approche de notre hôtel dans une ruelle sombre, Joséphine trouve le moyen de trébucher et de s’ouvrir le crâne sur un véhicule noir garé dans la pénombre… Comme toujours à cet endroit du corps, le saignement est impressionnant, et les balinais qui accourent sont horrifiés ce qui n’est pas pour rassurer les cris déjà assourdissant de notre petite fille!

Nous voilà donc partis ; Joséphine et son Papa sur un scooter conduit par un balinais apeuré qui fonce à toute allure vers l’hôpital le plus proche… Nous y voilà! Le moment tant redouté pendant ces longs mois d’affronter un établissement de santé local est imminent. La modernité des infrastructures, les conditions d’hygiènes et les compétences humaines me préoccupent d’autant plus qu’il s’agit de notre fille et non de l’un d’entre nous deux…

Mais c’est là une nouvelle fois une image d’épinal d’occidental, ces inquiétudes s’estompent à l’approche du bâtiment et disparaissent tout aussitôt le porche franchi. Nous voilà dans un hôpital flambant neuf du Groupe Siloam, on ne peut plus propre, moderne et dont le personnel semble ultra professionnel. Auscultation, diagnostic, soins ; nous passons 4 bonnes heures aux urgences dont la majeure partie pendue au téléphone avec notre couverture médicale en lien avec les services administratifs de l’hôpital. Si le serment d’Hippocrate est souverain dans les hôpitaux français, le règlement de la facture semble ici une priorité. Sans promesse de paiement dûement signée, soins reportés.   

Joséphine m’épate une nouvelle fois par son courage et sa force d’abnégation. La douleur et le choc passé, elle s’endort sur son lit d’appoint en attendant ses 2 points de suture.

Dans le fond, elle a bien choisi son endroit pour s’esquinter, ça aurait été autrement moins rassurant d’ici quelques jours au fin fond de la Sulawesi.

L’histoire se termine bien, et nous sommes tous sur le pont à 7h le lendemain pour embarquer sur Garuda Indonesia à destination de Mamasar, principale ville du Sud de Sulawesi.

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L’île de Sulawesi… autrefois les îles Célèbes

Immense île du Nord de l’Indonésie (12ème île la plus grande au Monde), elle est extrêmement sauvage, accidentée, montagneuse et couverte de jungle, ce qui rend les déplacements épiques et les touristes rares. Historiquement riche de fer et d’or, elle est pourtant peu peuplée, et conserve de vraies disparités culturelles entre les différentes provinces. Nous prévoyons de parcourir l’ile du Sud (Macassar) au Nord (Manado) en 3 semaines, et décidons d’embaucher un guide et son chauffeur pour la première semaine dediée à la Province de Macassar et du pays Toraja.

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Province Sud, Nature & Authenticité

Sur recommandation de la famille Buron que nous avions rencontrée au Laos (en voyage en sac à dos en Asie avec leurs 3 enfants), nous retrouvons “Topik” à l’aéroport et planifions la semaine ensemble. Natif de Sulawesi et du pays Toraja, intarissable sur la culture, l’histoire et l’économie de Sulawesi, Topik nous a rapidement immergé dans l’atmosphère particulière de cette île, et nous en a communiqué les charmes!

5 heure de voitures et nous voilà à Sengkang, ville paisible construite au bord de l’immense lac Tempe, 350km2. La tribu des Bugis y habite sur de véritables villages flottants. Contrairement au Cambodge ou à la Thailande, leur maison sont “mouillées” à l’ancre, et ils les déplacent quand les eaux ne sont plus assez poissonneuses. Nous y passons une demi journée dans une pirogue traditionnelle, et traversons cette étendue sauvage où vivent d’inombrables variétés d’échassiers (hérons, aigrettes, avocettes, grues…) à faire pâlir le parc des oiseaux de Villars les Dombes (spéciale dédicace à Jean-Luc & Framboise ;-)!! Les bugis ne vivent que de la pêche, et abritent jusqu’à 3 générations sous le même toît. Animistes, ils voient certains animaux ou objets animées par une âme. 3 mois avant notre passage, une habitante a reconnu en un crocodile (présents dans le lac) son propre frère, lui épargnant une mise à mort certaine, et l’installant chez elle pendant une dizaine de jours. Notre guide (comme son groupe) en a été témoin, et ce crocodile  a effectivement vécu parmi eux, dormant dans leur maison, et sans jamais attaquer quiconque… Bienvenue en Sulawesi.

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Nous marchons donc une journée entière dans la montagne et ses villages, au contact des habitants dont nombre d’entre eux nous invitent chez eux à partager un café maison. Des moments de partage riches et authentiques où nous découvrons des gens d’une gentillesse infinie, hospitaliers, curieux, et toujours souriant! Il y a des enfants partout, et nos nains n’hésitent plus à jouer avec eux sans gêne! Ils n’ont pas un mot de vocabulaire en commun, ont des cultures extrêmement éloignés, et n’ont pour autant aucun souci pour se retrouver sur le terrain du jeu et des rires. Nous sommes nous aussi loin de tout, de nos repères, de nos codes, de nos attributs de modernité, et pourtant, nous nous laissons porter de rencontre en rencontre avec un sentiment réel de lâcher prise.

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Nous sommes le 18 Juin, l’anniversaire de l’appel du Général mais aussi et surtout l’anniversaire de Clotilde, célebré à Mamasa par un magnifique gâteau de série américaine! Seule nuance locale, le gâteau nous est servi en entrée… et comme les nains aiment à le faire, nous voilà partis dans un dîner à l’envers! Après Jospéhine dans le Taman Negara Malaisien, Clotilde dans la montagne sulawesienne et bientôt Maxime & Gaspard dans le Nord de Bali, les anniversaires exotiques se suivent et ne se ressemblent pas!

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Les Coqs, ces clandestins…

L’ultime jour de notre périple à Mamasa, et devant notre insistance, Topik nous dégote un combat de coq illicite – celà va de soit –  qui a lieu dans la montagne, au plus loin des regards. Nous garons la voiture dans le village, et parcourons quelques centaines de mètres dans les rizières pour découvrir une arène sauvage, couverte de bâches, où quelques centaines de parieurs et propriétaires fous attendent avec impatience le lancement des hostilités. Sous des regards intrigués et goguenards, on nous assoit au premier rang, normalement exclusivement dediés aux parieurs. Même notre guide, propriétaire de coq de combat, nous dit à quel point il est exceptionnel de se retrouver à un si gros combat avec des places aussi royales!

Avant chaque combat, à l’écart de l’arène, les coqs sont armés (lame de 15cm accrochée à leur patte) et montrés à la foule qui a quelques minutes pour choisir son poulain. Ensuite, l’arène se remplit d’un coup, l’arbitre vérifie les lames, et chaque propriétaire apporte son coq au centre du ring. Tout en les maintenant, ils poussent les coqs à se distribuer quelques coups de becs dans les plumes pour s’assurer de leur adversité au coup d’envoi. Quelques secondes plus tard, les coqs sont lâchés sous les cris déchaînés de la foule. Les coqs de battent sans relache, s’élevant parfois à quelques dizaines de centimètres du sol pour utiliser leur lame. Leur fierté n’est pas un mythe, et même blessés, ils continuent de tenir tête à leurs adversaires. Le combat s’arrête dans 2 cas : si l’un des coqs meurt sous les coups, ou si l’un d’entre eux abandonne le combat. Dans les deux cas, la bete est achevée sur un coin de l’arène, et le vainqueur repart avec sa dépouille, et quelques millions de roupilles.

P1040454P1040453P1040458P1040460P1040462P1040468P1040469P1040474Arrivés au 3ème combat, nous entendons un cri de stupeur, et un mouvement de foule général! Les quelques 300 spectateurs s’évaporent en quelques secondes dans les montagnes, tandis que notre guide, paniqué nous annonce l’arrivée de la police… Nous sommes à l’autre bout du monde, seuls blancs, au fin fond de sulawesi, coincés dans des rizières. La situation n’est pas des plus rassurantes, mais nous restons serein, et ne tentons aucune fuite inutile.

Nous nous retrouvons alors nez à nez avec les officiers arrivés en nombre par tous les côtés de la rizière! L’organisateur avec qui nous avons sympathisé ne fuit pas, bien au contraire, il va à la rencontre de l’officier principal, leur expose notre situation, et nous exfiltre gentiment par un chemin. C’est notre première experience clandestine, un vrai shoot d’adrénaline et un sacré fou rire pendant notre évasion…

 

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Pays Toraja, Culte de la Mort & Liens du sang

Après toutes ces émotions, nous faisons désormais route pour le Pays Toraja et ses rites funéraires hors du commun qui font de la mort un élément central de la vie.

Le chef-lieu s’appelle Rantepao, niché au pied des montagnes, dans une large vallée verdoyante. Nous posons nos valises pour 3 jours dans un magnifique hôtel à l’architecture purement torajienne.

P1040755P1040785IMG_20160619_181417Pour ce que nous en avons compris, nous allons tâcher de vous résumer pourquoi la mort est si importante, et les rites si particuliers.

Dans la croyance torajienne ancestrale, le passage sur Terre de l’homme n’est qu’une transition, une préparation à son passage dans la vraie vie, celle qui débute après la mort. Toute sa vie terrestre, le torajien mettra de côté jusqu’à 60% de ses richesses accumulées pour financer en grande partie son propre enterrement, et ainsi s’offrir la plus belle vie possible dans l’au-delà. A la mort “clinique” de ce dernier, il sera seulement considéré comme “malade” jusqu’à son enterrement effectif, qui peut avoir lieu plusieurs années plus tard. Pourquoi? Car dès lors qu’il est “malade” (mort, en fait), son corps sera exposé dans la maison familiale typique en forme de demi-lune (“Tongkonan”) jusqu’à que les conditions de son enterrement soient fixées et la somme réunie. Selon l’origine sociale du mort, et la fortune qu’il aura accumulée, les dignitaires mortuaires fixeront le montant de buffles (les plus chers), de cochons et de coqs qu’il faudra sacrifier le jour J. Ces animaux morts retrouveront leur propriétaire dans sa nouvelle vie. Plus la fortune est grande, plus leur nombre sera important, et plus il faudra d’année pour remplir ce cahier des charges. Pour les familles de grande noblesse, on peut tuer jusqu’à plus de 100 buffles, 300 cochons et 500 coqs pour un seul rite funéraire!

Pour cette raison, la fortune s’estime souvent au nombre de buffles possédés par une famille. En plus des biens du mort, la famille au sens très large (on remonte jusqu’à 400 ans de filiation!), devra contribuer à l’enterrement en fournissant de l’argent ou des animaux. Les rites ont lieu uniquement de Juin à Août, durent en général 4 jours, et réunissent jusqu’à mille personnes (famille, dignitaires politiques, prêtres, amis) qui sont logés et nourris sur place dans un (quasi)village éphémère fabriqué pour l’occasion. Quelle organisation! Une fois les rites effectués (chants, danses, sacrifices), le cercueil est mené dans un tombeau funéraire creusé au burin dans les falaises calcaires. Pour les plus riches, une poupée à l’effigie du mort est fixée dans la falaise, mais justifiera donc quelques sacrifices de buffles supplémentaires.  

Topik nous amène visiter un certain nombre de tombes et de maisons traditionnelles, en partie conservées grâce à l’UNESCO.

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Nous allons assister avec Topik au premier jour de l’enterrement d’un couple, “malades” depuis plusieurs années. Nous sommes installés comme dans une loge, où on nous sert une collation. Nous assistons à quelques étapes du rite dans une ambiance de fête populaire où les enfants courent un peu partout. J’assisterai pour ma part seul au sacrifice d’un buffle à la machette, étonné devant l’impassibilité totale du buffle, comme si son destin lui était connu. Un moment particulier pour tous, aux antipodes de notre culture.

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Pour égayer un peu cette univers somme toute assez morbide, nous passons beaucoup de temps à marcher dans les montagne Toraja, où sans concurrencer pour autant leur splendeur, les paysages nous rappellent vaguement Sapa au Viet Nam. Nous aurons également l’occasion de sillonner le marché traditionnel ainsi que celui dédié aux buffles…

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Notre semaine dans le Sud a filé a tout allure, et c’est avec tristesse que nous quittons Topik et notre chauffeur. Son éclairage permanent et sa connaissance du pays nous aura permis d’avoir un regard beaucoup plus pertinent sur l’étonnante culture toarjienne. Pour les voyageurs futurs, nous vous recommandons réellement ses services. Accueillant, attentionné, drôle, parlant un parfait Français, il adapte en permanence le programme à vos envies et ceux de vos enfants dans un sentiment de fluidité absolu! Impatient de partager, il va toujours plus loin pour satisfaire notre curiosité, et n’est jamais avare d’une anecdote touristique issue de ses 20 années au contact des français en Sulawesi! Son email : ufik_z@yahoo.com

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Du courage pour Tentena

Après cette experience culturelle étonnante et tellement riche à la fois, nous entamons notre remontée vers le Nord et ses îles paradisiaques : les Togians.

Nous utilisons désormais les transports publics, et attaquons un trajet de 14 heures en bus pour traverser les montagnes. Coqs, poules et autres sacs de riz sont chargés à l’intérieur du bus, dans les couloirs, scooters et Motos sont suspendus à l’arrière… Le trajet est épique.

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Nous nous octroyons un break de 2 nuits à Tentena, à mi-parcours de la côte dont nous prendrons un bateau pour les îles. Nous y louons des scooters, et nous promenons dans les parages ; water fall, lac et marché typique ponctuent cette étape.

 

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Nous y faisons la connaissance de Julien & Clémence, couple de parisiens en voyage depuis 5 mois, avec qui nous allons passer au final une dizaine de jours. Nous partageons cette fois ci une voiture pour rallier la côte et la ville d’Ampana, et éviter de nouvelles heures pénibles de bus.

Nous y passons la nuit, et au petit matin, nous approchons fébrilement du ponton du départ pour les Togians. Une traversée de 8 heures en bateau public est nécessaire pour rallier l’île sur laquelle nous avons jeté notre dévolu : Pulau Malenge.

L’apparition du bateau de nous rassure pas du tout… C’est un vieux rafiot en bois déjà bondé 1heure avant le départ, où les marins jouent à Tétris avec un flot incessant de marchandises. Cale, Pont supérieur, ponts des passagers, le moindre centimètre carré est utilisé, et la première escale est à plus de 5 heures de bateau.

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Nous sommes en plein Ramadan et de très nombreuses personnes retournent chez elles sur les iles retrouver leur famille pour les vacances. Il y a du monde partout, une quantité astronomique de denrées s’empilent sur la jetée jusqu’à nous inquiéter pour notre sécurité….

Comme je le répète souvent à Clo, “les faits divers, ça débute toujours comme ça…”.

Nous sommes le Samedi 25 juin 2016, la suite au prochain numéro 😉

A bientôt,

Ze Great Trip

 

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